Une fiche animation simple (60 à 90 minutes) pour animer en paroisse une discussion sur l’accueil de l’étranger : un cadre de parole, une lecture biblique courte, des questions ouvertes, et des variantes selon le public. L’objectif n’est pas d’imposer une opinion, mais d’aider un groupe à discerner, à écouter, et à avancer ensemble avec respect.
L’accueil de l’étranger est l’un des sujets les plus chargés de la vie paroissiale contemporaine. Il concentre des lectures politiques antagonistes, des émotions fortes, des expériences très diverses. Une soirée sur ce thème peut très bien se passer — ou très mal. La différence tient rarement au sujet lui-même : elle tient à la préparation.
Cette fiche ne donne pas de position politique. Elle propose un cadre pour que la discussion soit à la fois libre et respectueuse, ancrée dans des textes bibliques sans être instrumentalisée, et utile à la vie du groupe. Elle s’adresse à des animateurs bénévoles, sans formation spécialisée.
Préparatifs (avant la rencontre)
Ce qu’il faut clarifier avant d’annoncer la soirée
- Objectif précis : est-ce une soirée d’information (données sur les migrations), de discernement (quelle posture adopter), de témoignage (rencontre avec une personne concernée) ou de prière ? Ces formats ne se mélangent pas facilement.
- Public : paroissiens habituels, groupe jeunes, intergénérationnel, personnes extérieures à la paroisse ?
- Invité éventuel : si vous invitez une personne directement concernée (demandeur d’asile, bénévole d’une association), prévenez-la des règles de parole et ne la placez pas en position de « représentant de sa communauté ».
Matériel à préparer
- Copies des textes bibliques (3 textes différents, 1 feuille par participant)
- Liste des questions d’animation imprimée pour l’animateur
- Charte de parole affichée ou distribuée
- Optionnel : quelques chiffres officiels clés sur les migrations en France (source HCR, UNHCR ou ministère de l’Intérieur) pour recadrer si des données fausses circulent — sans entrer dans un exposé
Déroulé 60–90 minutes
| Étape | Durée | Contenu |
|---|---|---|
| Accueil + charte de parole | 10 min | Présentation, règles, intention de la soirée |
| Brise-glace | 5-10 min | Question légère d’entrée |
| Lecture biblique | 10 min | Lecture lente, silence, mot qui résonne |
| Questions en petits groupes | 20-25 min | 2-3 questions par groupe de 3-4 |
| Mise en commun | 15-20 min | Fils de discussion, reformulation |
| Clôture | 5-10 min | Question ouverte, prière optionnelle |
La charte de parole
À lire à voix haute avant toute discussion :
- On distingue l’expérience personnelle et l’opinion générale.
- Pas de généralisation sur une nationalité, une religion ou un groupe.
- On peut être en désaccord sans attaquer la personne qui parle.
- On ne parle pas au nom d’un groupe qu’on ne représente pas.
- Ce qui se dit ici reste ici.
- Le silence est permis : personne n’est obligé de partager.
Question de brise-glace
« Avez-vous déjà été ‘l’étranger’ quelque part — dans une ville, un pays, un groupe ? Qu’avez-vous ressenti ? »
Cette question déplace le sujet du politique vers l’humain. Elle permet à chacun de parler de soi avant de parler des autres.
10 questions ouvertes
Ces questions peuvent être utilisées en petits groupes ou en plénière. L’animateur n’est pas obligé de les utiliser toutes.
Sur la posture personnelle :
- Qu’est-ce que le mot « étranger » évoque pour vous — une personne, une situation, une sensation ?
- Y a-t-il une différence entre « accueillir » et « tolérer » ? Laquelle ?
Sur l’expérience concrète : 3. Connaissez-vous personnellement des personnes migrantes ou réfugiées ? Qu’est-ce que cette rencontre a changé pour vous ? 4. Qu’est-ce que votre paroisse fait déjà en lien avec l’accueil de l’étranger ? Est-ce suffisant ?
Sur les tensions réelles : 5. Que faire quand l’accueil de l’étranger entre en tension avec d’autres priorités (sécurité, ressources, identité) ? 6. Comment parler de limites sans trahir une exigence d’hospitalité ?
Sur la foi : 7. En quoi votre foi oriente-t-elle votre regard sur cette question — ou complique-t-elle les choses ? 8. Y a-t-il une différence entre ce que la Bible dit sur l’accueil de l’étranger et ce que vous pensez qu’il faut faire aujourd’hui ?
Pour approfondir : 9. Qu’est-ce que la notion de « dignité » change à la façon dont on aborde cette question ? 10. Après cette conversation, qu’avez-vous envie de faire — ou de ne plus faire — différemment ?
Repères bibliques (3 textes, 3 prudences)
Matthieu 25,35 : « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli. » Prudence : ce passage parle du jugement dernier, pas d’une politique migratoire. Il pose une exigence universelle, pas un programme d’action spécifique.
Lévitique 19,33-34 : « L’étranger établi parmi vous sera traité comme un indigène du milieu de vous. » Prudence : un texte de l’Ancien Testament, dans un contexte juridique précis. Il ne peut pas être appliqué mot pour mot au droit français — mais il dit quelque chose d’essentiel sur le regard à porter.
Hébreux 13,2 : « N’oubliez pas l’hospitalité, car c’est en la pratiquant que quelques-uns, sans le savoir, ont reçu des anges comme hôtes. » Prudence : ce texte n’est pas une promesse que l’hospitalité sera toujours récompensée. Il invite à une posture d’ouverture sans calcul.
Aucun de ces textes ne donne une réponse politique. Ensemble, ils posent une direction : le regard sur l’étranger révèle quelque chose du regard sur soi et sur Dieu. Pour approfondir ce que le protestantisme dit sur la justice sociale en lien avec ces questions, des ressources existent.
Garde-fous
Éviter absolument :
- Inviter un témoignage de personne vulnérable sans préparer le cadre
- Laisser circuler des données non sourcées comme des faits (chiffres sur l’immigration, statistiques de criminalité)
- Conclure la soirée par une position collective au nom de la paroisse
- Confondre la soirée d’animation avec une levée de fonds ou un recrutement associatif
Si le débat devient tendu :
- Revenir à la charte de parole
- Proposer une pause de 5 minutes
- Reformuler le désaccord sans le résoudre : « Il y a ici deux lectures très différentes. Les deux méritent d’être entendues. »
Variantes
Groupe jeunes (15-25 ans) : Remplacer la lecture biblique par le visionnage d’un court extrait de documentaire (5-7 minutes), suivi des mêmes questions. L’ancrage dans des histoires concrètes fonctionne mieux que les textes abstraits avec ce public.
Petit groupe (4-6 personnes) : Supprimer la phase en petits groupes. Travailler directement ensemble sur 3-4 questions. Laisser plus de temps au silence.
Groupe intergénérationnel : Commencer par la question du brise-glace en cercle complet avant de se scinder. Les récits d’expérience personnelle d’accueil créent souvent des ponts entre générations.
Ressources pour aller plus loin
Protestantes :
- La Cimade (organisation protestante, ressources pédagogiques sur les migrations)
- FPF / EPUdF (textes officiels sur l’accueil des étrangers)
- L’article de fond sur immigration, réalités et fantasmes
Générales :
- France Terre d’Asile (guide de l’animateur)
- Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) – données officielles
FAQ
Comment animer un débat sur l’accueil de l’étranger sans que ça dérape ?
En posant une charte de parole avant de commencer : distinction entre opinion et expérience, pas de généralisation sur les migrants ou les populations, droit de ne pas être d’accord sans attaquer la personne. L’animateur n’est pas là pour trancher le débat politique mais pour maintenir le cadre et relancer les questions. Si la discussion devient trop tendue, une pause ou un retour au texte biblique peut recentrer.
Cette fiche peut-elle être utilisée sans aucune référence biblique ?
Oui. La partie biblique est optionnelle. La fiche fonctionne comme animation laïque sur l’hospitalité et l’accueil, sans les repères théologiques. Dans un groupe mixte (croyants et non-croyants), présenter les textes comme des « textes de sagesse à interroger » plutôt que comme des autorités permet une discussion plus inclusive.
Comment trouver une personne directement concernée pour témoigner ?
Commencez par les associations locales (CCAS, associations caritatives, paroisse voisine). La Cimade et les associations membres de la FPF ont souvent des contacts locaux. Préparez avec la personne ce qu’elle souhaite partager — et ce qu’elle préfère garder pour elle. Son témoignage doit rester une parole choisie, pas une mise en scène. Une bonne façon d’aborder les débats délicats en groupe est de toujours partir de l’expérience humaine avant les positions.
Foire aux questions
Comment animer un débat sur l'accueil de l'étranger sans que ça dérape ?
En posant une charte de parole avant de commencer : distinction entre opinion et expérience, pas de généralisation sur les migrants ou les populations, droit de ne pas être d'accord sans attaquer la personne. L'animateur n'est pas là pour trancher le débat politique mais pour maintenir le cadre et relancer les questions. Si la discussion devient trop tendue, une pause ou un retour au texte biblique peut recentrer.
Quels textes bibliques utiliser sans tomber dans l'instrumentalisation ?
Matthieu 25,35 ('J'étais un étranger et vous m'avez accueilli') est puissant mais doit être lu dans son contexte : un passage sur le jugement dernier, pas un slogan politique. Lévitique 19,33-34 situe l'accueil de l'étranger dans la Torah. Hébreux 13,2 rappelle que l'hospitalité peut surprendre. Aucun de ces textes ne donne une politique migratoire — ils ouvrent une posture.
Cette fiche peut-elle être utilisée avec un groupe politiquement divers ?
C'est précisément pour cela qu'elle est conçue. La charte de parole et les questions ouvertes permettent d'accueillir des positions diverses sans exiger un consensus. L'animation ne vise pas à convertir mais à permettre un discernement collectif — ce qui est, en soi, une démarche protestante.
Sources et liens externes
- La Cimade – Kit pédagogique migrations - Organisation protestante historique d'aide aux migrants, ressources pédagogiques
- France Terre d'Asile – Guide de l'animateur - Ressource pratique sur la posture d'animateur autour des questions migratoires