Réforme, histoire et familles protestantes

Les quakers : histoire, foi et engagement

Qui sont les quakers ? Silence, lumière intérieure, égalité, paix et abolition de l'esclavage — les repères pour comprendre ce mouvement chrétien atypique né au XVIIe siècle.

Salle de réunion quaker sobre, bancs en bois face à face et lumière naturelle, symbole du silence et de l'égalité.

Les quakers : histoire, foi et engagement

Les quakers — ou Société religieuse des Amis — sont un mouvement chrétien né en Angleterre au milieu du XVIIe siècle. Pas de clergé, pas de crédos obligatoires, pas de rituels : leur culte repose sur le silence, l’écoute intérieure et la conviction que la lumière divine habite chaque personne. Ce qui les a rendus célèbres, c’est aussi leur engagement : contre l’esclavage, pour la paix, pour la justice sociale.

Qui sont les quakers ?

La Société religieuse des Amis — c’est leur nom officiel — regroupe aujourd’hui environ 400 000 membres dans le monde, principalement en Angleterre, aux États-Unis, au Kenya et en Bolivie. En France, ils forment une communauté modeste mais active, réunie sous le nom de la Société des Amis.

Leur singularité tient à leur façon d’être Église. Pas de pasteur désigné. Pas d’eucharistie, pas de baptême. Pas de hiérarchie. L’assemblée se réunit dans le silence, chacun attendant qu’une parole ou une pensée s’impose à lui. Si quelqu’un se sent poussé à partager une réflexion, il se lève et parle brièvement. Puis le silence reprend. Cette forme de culte n’est pas un vide : c’est un espace d’attention.

Origines anglaises et George Fox

Le mouvement quaker naît dans l’Angleterre de Cromwell, vers 1647-1652. L’Angleterre traverse alors une période de guerres civiles, de bouleversements religieux et de multiplication de sectes spiritualistes. C’est dans ce contexte que George Fox, fils d’un tisserand du Leicestershire, commence à prêcher une foi intérieure radicale.

Fox refuse l’Église établie, les sacerdoces, les rituels. Il affirme que la lumière du Christ est accessible directement à chaque croyant, sans intermédiaire institutionnel. Il parcourt l’Angleterre, l’Irlande, l’Amérique et les Pays-Bas, recrutant des milliers de fidèles parmi les artisans, les marchands, les femmes — ce qui est en soi une révolution dans une époque où les femmes n’ont pas droit de parole en Église.

La répression est sévère. Fox est emprisonné à plusieurs reprises. Des centaines de quakers meurent en prison ou sont déportés. Mais la communauté tient, portée par une discipline intérieure et une solidarité remarquables.

En 1681, William Penn — un quaker anglais — obtient une charte royale pour fonder la colonie de Pennsylvanie en Amérique. Il y établit un gouvernement fondé sur la liberté religieuse et la paix avec les peuples autochtones. Philadelphie, « la ville de l’amour fraternel », en est la capitale.

Silence, lumière intérieure, conscience

La théologie quaker tourne autour d’une conviction centrale : il y a quelque chose de divin dans chaque être humain. George Fox l’appelait la « lumière du Christ », ou simplement « la lumière intérieure ». Cette lumière n’est pas une illumination spectaculaire — c’est une présence silencieuse, une voix intérieure qui guide la conscience.

Cette conviction a des conséquences pratiques. Elle fonde l’égalité radicale entre les personnes : homme ou femme, noble ou paysan, blanc ou noir — chacun porte en lui cette même lumière. Elle justifie le refus de s’agenouiller devant les autorités humaines (les quakers refusent de se découvrir devant les magistrats ou d’utiliser des titres honorifiques). Et elle donne son sens au silence du culte : on ne peut pas fabriquer cette présence, on peut seulement lui faire de la place.

Engagements : paix, abolition, justice

Les quakers ont joué un rôle historique dans plusieurs grandes causes sociales, bien au-delà de leur nombre.

L’abolition de l’esclavage. Dès la fin du XVIIe siècle, des quakers pennsylvaniens élèvent la première protestation formelle contre l’esclavage dans les colonies américaines (1688, Germantown). John Woolman et Anthony Benezet, au XVIIIe siècle, parcourent les communautés quakers américaines pour convaincre les membres de libérer leurs esclaves. En Angleterre, les quakers sont aux côtés de William Wilberforce dans la campagne pour l’abolition légale (1807).

Le pacifisme. La conviction de la lumière intérieure conduit les quakers à refuser de tuer. Dès 1660, ils publient une déclaration de paix qui rejette toute guerre et violence. Au XXe siècle, leurs organisations humanitaires — American Friends Service Committee et Friends Service Council — reçoivent le prix Nobel de la Paix en 1947 pour leur action auprès des victimes des deux guerres mondiales.

La réforme des prisons. Elizabeth Fry, quaker anglaise du XIXe siècle, est l’une des premières réformatrices des prisons en Grande-Bretagne. Elle fonde des écoles pour les enfants incarcérés avec leurs mères et obtient des améliorations concrètes dans les conditions de détention.

Les quakers sont-ils protestants ?

La réponse dépend de ce qu’on entend par « protestant ». Les quakers sont nés dans le sillage de la Réforme et partagent le refus de l’autorité pontificale, l’accès direct à l’Écriture et l’insistance sur la conscience personnelle. Mais ils poussent ces convictions beaucoup plus loin que les réformés ou les luthériens : ils suppriment les sacrements, refusent tout clergé et récusent toute confession de foi obligatoire.

Certains historiens les classent dans la « gauche de la Réforme », aux côtés des anabaptistes et des mennonites. D’autres préfèrent les voir comme un phénomène propre, difficile à classer dans les catégories habituelles du protestantisme.

Ce qui est certain : leur héritage moral et spirituel a profondément marqué des valeurs que le protestantisme, et au-delà lui la démocratie libérale, ont fini par reconnaître comme les leurs — la liberté de conscience, l’égalité entre les personnes, le droit à l’objection de conscience.

Pour situer les quakers dans le paysage plus large des familles chrétiennes, l’article Protestant, catholique, évangélique : quelles différences ? offre une cartographie utile. Et pour comprendre pourquoi le protestantisme a engendré autant de familles distinctes, Pourquoi y a-t-il autant d’Églises protestantes ? donne les clés essentielles.

FAQ

Que veut dire quaker ?

Le mot quaker vient du verbe anglais to quake, trembler. Il aurait été utilisé de façon moqueuse pour désigner les membres de ce mouvement qui, lors de leurs assemblées, tremblaient sous l’effet de l’Esprit. George Fox lui-même aurait un jour dit à un juge de trembler devant la parole de Dieu. Le terme péjoratif a été repris et assumé. Les quakers se désignent eux-mêmes comme la Société religieuse des Amis.

Les quakers sont-ils chrétiens ?

Historiquement oui : le mouvement quaker est né dans le christianisme protestant du XVIIe siècle et se réfère aux Évangiles, au Sermon sur la montagne et à l’Épître de Jean. Mais le quakerisme est traversé par une grande diversité : certains Amis sont christocentriques, d’autres universalistes, d’autres encore agnostiques. En France, la Société des Amis est généralement ouverte à des personnes de sensibilités spirituelles variées.

Pourquoi les quakers sont-ils pacifistes ?

Le pacifisme quaker découle directement de la conviction de la lumière intérieure : si chaque être humain porte en lui quelque chose de la lumière divine, alors tuer un ennemi, c’est détruire cette lumière. Cette conviction a conduit les quakers à refuser le service militaire dès le XVIIe siècle, à soutenir les objecteurs de conscience, à s’engager contre les guerres et à obtenir le prix Nobel de la Paix en 1947 pour leur action humanitaire.

Foire aux questions

Que veut dire quaker ?

Le mot quaker vient du verbe anglais to quake, trembler. Il aurait été utilisé de façon moqueuse pour désigner les membres de ce mouvement qui, lors de leurs assemblées, tremblaient sous l'effet de l'Esprit. George Fox lui-même aurait un jour dit à un juge de trembler devant la parole de Dieu. Le terme péjoratif a été repris et assumé. Les quakers se désignent eux-mêmes comme la Société religieuse des Amis.

Les quakers sont-ils chrétiens ?

Historiquement oui : le mouvement quaker est né dans le christianisme protestant du XVIIe siècle et se réfère aux Évangiles, au Sermon sur la montagne et à l'Épître de Jean. Mais le quakerisme est traversé par une grande diversité : certains Amis sont christocentriques, d'autres universalistes, d'autres encore agnostiques. En France, la Société des Amis est généralement ouverte à des personnes de sensibilités spirituelles variées.

Pourquoi les quakers sont-ils pacifistes ?

Le pacifisme quaker découle directement de la conviction de la lumière intérieure : si chaque être humain porte en lui quelque chose de la lumière divine, alors tuer un ennemi, c'est détruire cette lumière. Cette conviction a conduit les quakers à refuser le service militaire dès le XVIIe siècle, à soutenir les objecteurs de conscience, à s'engager contre les guerres et à obtenir le prix Nobel de la Paix en 1947 pour leur action humanitaire.

Sources et liens externes